Hier soir encore, j'arrivais en train à la gare du Nord par le nord (ce qui statistiquement parlant n'arrive qu'une fois sur deux, sans vouloir me vanter) et je profitais donc du paysage unique de l'entrée Nord de la Gare du Nord: une étendue de voies ferrées qui sent la rouille et la sueur d'après-guerre.
Evidemment, comme tous les soirs, j'étais complètement à l'ouest, les oreilles remplies d'écouteurs, les yeux remplis de rails, et la tête vide.
Dans cet état d'alerte remarquable, je n'ai pas remarqué tout de suite la locomotive qui arrivait en sens inverse..C'était une locomotive sans wagons, légère et pleine d'entrain, qui avançait gaillarde. Triste comparaison pour mon train, poussiéreux lourd et lent.
Et je me suis dit que les vieux en voyant arriver des jeunes intrépides, devaient penser comme mon train: que ça ne sert à rien d'aller vite du moment qu'on se dirige vers le terminus, que sans le poids de la mémoire on n'a pas d'inertie et on n'encaisse rien, mais que bon sang c'était bon d'être jeune et con.
Alors je me dis, à défaut de rester indéfiniment jeune, on peut toujours rester indéfiniment con, et ça, c'est une valeur sûre.
Voilà pour mardi, et comme c'était bien intense je vais maintenant me reposer pour deux, trois semaines.
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